Des propos qui ont fait tressauter l’hémicycle. Et depuis… Et la députée de foncer en exigeant au ministre de l’Environnement de rendre public hic et nunc ledit accord. Ce qui ne s’est jamais fait jusqu’à ce jour. Vice-première ministre et ministre de l’Environnement, de mi-avril 2021 à août 2025, et actuellement ministre d’Etat en charge des Affaires sociales, Mme Bazaïba poursuit que suite au tollé que l’accord Kabila-Bozize avait suscité, le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré « Si le Congo ne veut pas nous donner de l’eau, nous serons obligés d’aller la prendre d’une manière ou d’une autre! ». Dieu seul sait où le Tchad ne serait pas allé après l’invasion de la Centrafrique sous le couvert des rebelles de la Seleka. Idriss Deby Itno sera tué, selon la version officielle au combat contre une rébellion, le 20 avril 2021. Son fils Mahamat Déby Itno lui succède et s’est maintenu depuis au pouvoir, notamment grâce à une médiation menée par Félix Tshisekedi qui lui a valu d’ailleurs la débaptisation d’une grande artère de N’Djamena en son nom.
En RDC, comme pour surveiller le Tchad, une cellule d’éveil et de veille sur la gestion des eaux de la RDC a été créée à l’Assemblée nationale, le 16 avril 2014. Composée à l’époque d’une dizaine de députés dont Eve Bazaïba qui ne cessait de crier à « un complot international ourdi contre le pays, avec des complicités internes! ». La Cellule n’a jamais rendu un seul apport quand bien même Eve Bazaïba est devenue ministre de l’Environnement avec rang de VPM! Douze ans et trois mois après, jour pour jour, Idriss Jr invite, selon la presse présidentielle congolaise, Félix Tshisekedi à la première journée du « Forum africain de l’eau » à N’Djamena. Dans son discours, le chef de l’État congolais a proposé cinq orientations pour relever les défis de la gestion des ressources hydriques, selon la presse présidentielle. Primo, cesser de concevoir séparément l’eau, l’agriculture, l’énergie, la santé, l’urbanisme, l’environnement et les infrastructures. Secundo, renforcement de la gouvernance à travers des institutions performantes, une meilleure redevabilité et une gestion transparente des infrastructures hydriques. Tertio, préparation de projets techniquement mûrs et financièrement structurés afin d’attirer davantage d’investissements. Quarto, financement des infrastructures hydriques avec des ressources publiques, privées et des partenaires internationaux. Quinto, faire de l’eau un levier d’industrialisation… développer sur notre continent la production de tuyaux, de pompes, de compteurs, d’équipements de traitement, de systèmes d’irrigation et de solutions numériques.
Tout en soulignant qu’« aucun État ne peut garantir seul sa sécurité hydrique », le chef de l’État a plaidé pour une mobilisation continentale afin de « bâtir une gouvernance coopérative de l’eau ». Il a ainsi lancé un appel à « une coalition entre les États, pour élever l’eau au rang de priorité politique de premier ordre ». Lecture d’experts, le pays de Tshisekedi serait ouvert à s’inscrire probablement dans l’approche du transfèrement des eaux du Congo sans prononcer des termes qui fâchent. Procès d’intention? Le temps nous le dira. Jusque-là, aucune confirmation de cette très. Toutefois, évoquant le cas de la RDC, dotée d’un immense potentiel hydrique, le président congolais a présenté les ambitions de son pays.
« À l’horizon 2035, nous voulons porter le taux d’accès à l’eau potable à 60 %, celui de l’accès aux services d’assainissement et d’hygiène à 50 %, et garantir un accès adéquat aux infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans 80 % de nos écoles et de nos établissements de santé ». Pour Mahamat Idriss Déby, le forum de N’Djamena est le momentum d’une Afrique qui reprend en main la maîtrise de son destin hydrique en vue d’une «prospérité partagée». Les intentions du Tchad sont claires et dépourvues de tournures diplomatiques. Cependant, en dehors du Tchad, aucun autre Etat membre de la Commission du bassin du lac Tchad n’a répondu au rencart de N’djamena. Ni le Cameroun, ni le Niger ou le Nigeria alors que le lac accuse depuis 1964 un assèchement cyclique, de 25 000 à 20 000 Km 2 en 1964, la mer intérieure du Sahel n’était plus que de 2 000 Km 2 en 2024, toutefois durant les rares périodes des crues, sa superficie remonte à près de 4 500 Km2.
Seuls étaient présents à côte de Mahamat Idriss et Tshisekedi, Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de Mauritanie, et un représentant du Bénin. Que cache le boycott de la Commission du bassin du lac Tchad? En 2019, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Patrick Mayombe, a alerté le gouvernement que certains milieux d’intérêts qui tiennent mordicus au transfèrement des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad, ont décidé de se passer des autorités congolaises. Un certain Kalele, dirigeant d’une ONG, résidant à Kisantu, a révélé Mayombe, se paie la liberté de poser sa signature, au nom de la RDC, sur des textes inhérents à la question des transfèrements des eaux du Congo. Dans l’ambition chaotique de la coalition CACH-FCC, la RDC a été roulée çà et là, à travers le monde. Même à Bologne en Italie, une série de rencontres sur les eaux du Congo se sont tenues, sous l’égide du mouvement catholique Sant’Egidio, sans associer officiellement Kinshasa.
Homme politique, altermondialiste et sociologue suisse, le professeur Jean Ziegler était rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde au temps fort de la deuxième guerre d’agression de la RDC, quand il a entendu parler dans les couloirs de la Banque mondiale d’un concept nouveau sur le Congo (?) : « peuple non rentable ».
Selon les explications de Ziegler, un peuple qui n’arrive pas à s’adapter à la nouvelle dynamique mondiale se verrait ainsi déposséder de toutes les ressources dont le nouvel ordre mondial a besoin pour l’épanouissement de la Terre.
Il appert qu’en RDC, on laisse, sans souci, couler l’eau, du pied de Mitwaba à l’embouchure de Banana. « Si l’eau c’est la vie et que la vie n’a pas de prix, alors que ceux qui nous gèrent n’ont pas encore pris la mesure du suicide collectif qui nous guette », a fait comprendre l’ancien sénateur et ministre des Affaires sociales, le journaliste Modeste Mutinga Mutuishayi dans un livre-coup-de-gueule, « La République des Inconscients ».