Un tournant attendu pour la filière extractive gabonaise, Eramet et sa filiale Eramet Comilog ont signé un protocole d’accord avec le gouvernement de Libreville. L’objectif est ambitieux : transformer au moins 700 000 tonnes de manganèse gabonais sur le sol national d’ici 2031.
Un engagement industriel
Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires en août 2023, les autorités gabonaises ont réclamé une valorisation domestique accrue des ressources minérales. Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, exporte encore aujourd’hui la plupart de sa production sous forme de minerai brut.
La transformation locale du manganèse devrait passer par une extension des unités métallurgiques existantes et par la création de nouvelles infrastructures industrielles capables d’absorber ce volume additionnel. Eramet, qui traverse des turbulences sur ses actifs en Argentine et en Indonésie, a besoin d’un ancrage africain stabilisé.
La souveraineté minière
Le chef de l’État gabonais a fait de la reconquête de la valeur ajoutée minière un axe structurant de sa politique économique. La transformation locale du manganèse devrait capter des revenus fiscaux supplémentaires, générer de l’emploi qualifié et positionner le pays sur des segments à plus forte valeur.
La signature intervient dans un contexte diplomatique porteur pour le couple Libreville-Paris. La présence du président gabonais a également profité de son déplacement en France pour consolider les relations bilatérales, un an après la normalisation progressive des liens post-coup d’État.
Un test grandeur nature
Au-delà du cas Eramet, l’accord constitue un précédent susceptible d’inspirer d’autres négociations avec des opérateurs miniers présents sur le territoire national. Les autorités gabonaises pourraient s’appuyer sur ce modèle pour renégocier les termes d’exploitation d’autres ressources, du fer aux terres rares.
La capacité de l’exécutif à faire respecter le calendrier de 2031 servira de jauge à l’ensemble de la doctrine de souveraineté minière portée depuis Libreville. La transformation locale du manganèse, si elle se concrétise, pourrait améliorer l’empreinte carbone d’une filière de plus en plus scrutée par les investisseurs européens sensibles aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.