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Est de la RDC: le M23 contrôle toujours 15 % à 30 % de la production mondiale de coltan à Rubaya, la France dénonce le financement de son administration « illégale»

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Mines de Rubaya

La France a réaffirmé son soutien à l’initiative portée par la République démocratique du Congo (RDC) visant à inscrire la gouvernance des ressources naturelles au cœur des débats du Conseil de sécurité des Nations unies, mais également des réflexions sur les lacunes du cadre normatif international face aux économies de guerre. Cette initiative entend aussi promouvoir un cadre plus cohérent en matière de gouvernance des ressources naturelles, afin d’en faire un levier de paix, d’accélérer la transition énergétique, de stimuler la transformation numérique et de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Lors de la réunion en formule Arria, organisée lundi 13 juillet 2026 à New York à l’initiative de Kinshasa, l’ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a estimé que la question des ressources naturelles constituait désormais un enjeu majeur de paix et de sécurité internationales. Selon lui, la compétition pour le contrôle des ressources naturelles demeure l’un des principaux moteurs des conflits contemporains. Elle favorise non seulement l’instabilité, mais sert également de source de financement à des acteurs armés et à des réseaux d’exploitation illégale.

« C’est en effet un sujet fondamental que la présidence congolaise du Conseil de sécurité a placé au cœur de nos discussions : celui du lien entre les ressources naturelles et la paix, qui est au centre de nombreuses situations de conflit et de nombreuses crises. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Conseil a renforcé son suivi de ce sujet, notamment lors d’une réunion sous la présidence américaine en mars dernier, ainsi qu’à l’occasion d’une réunion en formule Arria organisée par la Sierra Leone il y a un an. Comment le nier ? La compétition pour le contrôle des ressources naturelles constitue à la fois un facteur de conflit et d’instabilité, mais aussi une source de revenus pour de trop nombreux acteurs, locaux ou internationaux, qui se livrent à leur exploitation illégale », a-t-il affirmé.

Jérôme Bonnafont a particulièrement insisté sur la situation du continent africain où, selon lui, les richesses naturelles continuent d’être pillées au profit de groupes armés ou d’intérêts extérieurs.

« C’est un constat que l’on peut faire notamment sur le continent africain, dont les richesses font l’objet de pillages par de tels acteurs, qui les exploitent pour financer leurs activités ou en organisent la captation au profit de puissances extérieures. Cet accaparement illégal des ressources nourrit les conflits, alimente la violence et perpétue les souffrances des populations civiles. C’est le cas au Soudan, où la poursuite du conflit est alimentée par le pillage de l’or et de la gomme arabique, comme le documentent les rapports du groupe d’experts », a-t-il poursuivi.

Évoquant la situation dans l’est de la RDC, le représentant français a directement mis en cause le M23 dans l’exploitation des ressources minières. Le diplomate a rappelé que les populations congolaises subissent depuis plusieurs années les conséquences de cette exploitation illicite.

« C’est également le cas dans l’est de la République démocratique du Congo, où le M23 contrôle entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan à travers le site de Rubaya, finançant ainsi son administration illégale, en violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Les populations congolaises subissent depuis trop longtemps les effets des prédations sur leurs ressources minières, perpétrées par des acteurs extérieurs et des groupes armés », a-t-il fait savoir.

La France a également renouvelé son appel au respect de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Jérôme Bonnafont a insisté sur la nécessité de mettre fin aux hostilités, d’obtenir le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, de mettre un terme au soutien rwandais au M23 et de poursuivre la neutralisation des FDLR.

Il a en outre rappelé que cette résolution appelle à renforcer la lutte contre l’exploitation illicite des ressources naturelles grâce aux mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais.

« La France appelle une nouvelle fois les parties à se conformer à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige la cessation immédiate des hostilités, le retrait effectif des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien rwandais au M23 ainsi que la neutralisation effective des FDLR par la République démocratique du Congo. Cette résolution appelle également, je le rappelle, à redoubler d’efforts pour lutter contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment en mobilisant les mécanismes de transparence et de traçabilité des exportations de minerais », a insisté le diplomate français lors de son intervention.

« Le Conseil doit utiliser les outils dont il dispose dans les situations de conflit aggravées par les trafics illicites de ressources naturelles. Plusieurs groupes d’experts jouent un rôle précieux pour documenter ces dynamiques et leur contribution au financement d’activités déstabilisatrices, notamment au Soudan, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine. Les régimes de sanctions associés doivent être mobilisés chaque fois que nécessaire afin de rompre le lien entre le pillage des ressources naturelles et le financement des acteurs des conflits ».

La République démocratique du Congo poursuit ainsi les activités prévues dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette réunion sur les ressources naturelles fait suite au briefing du Conseil consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, tenu le 8 juillet sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Cette séquence diplomatique s’inscrit dans la continuité des priorités fixées par la présidence congolaise. Le briefing avait notamment mis en lumière le coût humain des économies de guerre, ainsi que la nécessité de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l’impunité et les mécanismes de réparation.

Ces initiatives interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoit notamment des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment les FDLR, que Kigali considère comme une menace pour sa sécurité. Malgré ce cadre diplomatique, largement salué lors de sa signature, la situation sécuritaire demeure extrêmement fragile. Sur le terrain, le processus de Doha, conduit sous l’égide de l’État du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, reste également dans l’impasse.

Les rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa, les Nations unies et plusieurs partenaires internationaux accusent d’être soutenus par le Rwanda, continuent de contrôler les villes de Goma et de Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements se poursuivent dans différentes zones, tandis que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats durables. Cette situation relance, une fois de plus, le débat sur le décalage persistant entre les avancées diplomatiques annoncées et la réalité observée sur le terrain

Clément MUAMBA

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